Outillage

IA et CIR : ce qu'un cabinet peut automatiser, ce qu'il ne doit jamais déléguer

La question n'est pas de savoir si l'IA a sa place dans un cabinet CIR : elle y est déjà, souvent de façon non encadrée. La question est de savoir où elle réduit le risque et où elle l'augmente. La ligne de partage est nette, et elle ne passe pas là où on l'attend.

Oscar MajorczykMis à jour le 6 min de lecture

Dans la plupart des cabinets, l'IA générative est entrée par la porte de service : un consultant colle un compte rendu d'entretien dans un agent conversationnel grand public pour obtenir une première trame. Personne ne l'a décidé, personne ne le documente, et le cabinet ignore ce qui est sorti de son périmètre de confidentialité.

C'est le pire des deux mondes : les gains sont marginaux, les risques sont réels. Poser explicitement la ligne de partage est la première décision à prendre.

La ligne de partage : manipulation contre jugement

Le critère n'est pas la difficulté de la tâche, ni le temps qu'elle prend. C'est la nature de ce qu'elle engage.

ActivitéNatureAutomatisable ?
Extraire la matière technique de centaines de piècesManipulationOui
Structurer les travaux en opérations candidatesManipulation assistéeOui, avec validation
Première recherche documentaire pour l'état de l'artManipulation assistéeOui, sources vérifiées
Rédiger une trame reliée aux sourcesManipulationOui
Reprendre un dossier d'un exercice sur l'autreManipulationOui
Conduire l'entretien techniqueJugementNon
Qualifier l'éligibilité au regard de FrascatiJugementNon
Décider de retirer une opération du dossierJugementNon
Assumer la position devant un vérificateurResponsabilitéNon

La colonne « manipulation » représente la majeure partie du temps réellement consommé sur une mission. La colonne « jugement » représente la majeure partie de la valeur. Tout l'enjeu de l'outillage consiste à rendre du temps à la seconde en réduisant la première. Pas à essayer de remplacer la seconde.

Les trois risques concrets de l'IA générative non encadrée

1. Les références qui n'existent pas

Un modèle de langage généraliste produit des références bibliographiques au format irréprochable dont une partie est inventée. Dans un état de l'art CIR, c'est le risque le plus grave : une référence fausse est vérifiable en trente secondes par un vérificateur, et elle jette le doute sur l'ensemble du dossier, y compris sur les parties exactes.

2. Le texte plausible sans traçabilité

Une trame générée librement se lit bien. Elle affirme, elle articule, elle conclut. Mais interrogez-la trois mois plus tard sur l'origine d'une phrase : il n'y a pas de réponse, parce qu'il n'y a jamais eu de source. Le dossier est alors indéfendable au sens propre : pas faux, mais impossible à étayer. C'est exactement ce que le contrôle cherche à éprouver.

3. La confidentialité des données clients

Les pièces d'un dossier CIR contiennent ce qu'une entreprise a de plus sensible : ses verrous techniques, ses impasses, sa feuille de route. Les déposer dans un service grand public dont les conditions d'utilisation autorisent la réutilisation des contenus est un problème contractuel avant d'être un problème technique. La question à poser à tout fournisseur est simple : les données servent-elles à entraîner des modèles, et où sont-elles hébergées ? Voir notre page sécurité.

Ce qui distingue un outil utilisable d'un agent générique

Trois propriétés font la différence, et elles sont vérifiables avant tout achat. La grille complète est détaillée dans choisir un logiciel CIR.

  1. La traçabilité par construction. Chaque élément produit reste rattaché à la pièce dont il provient. Le consultant valide une affirmation en ouvrant sa source, au lieu de la revérifier de mémoire.
  2. Le refus de combler les trous. Un outil sérieux signale l'absence d'information plutôt que de produire une formulation plausible. Une case vide est une information exploitable ; une phrase inventée est un passif.
  3. Le respect de la logique attendue en contrôle. La structure produite doit être celle qu'attend l'administration (opérations, état de l'art, verrous, démarche, résultats) et non un plan de rapport générique.

Comment introduire l'outil dans un cabinet

L'erreur classique consiste à déployer sur les dossiers les plus gros, ceux qui font peur. C'est l'inverse qu'il faut faire.

  • Commencez par les dossiers à faible marge, ceux que le cabinet traite à perte ou refuse. Le gain est immédiat et le risque relatif est faible.
  • Puis les reprises pluriannuelles, mécaniques et volumineuses.
  • Puis l'audit de dossiers produits ailleurs, pour en éprouver la solidité avant un contrôle. Usage à forte valeur, sans enjeu de production.
  • En dernier seulement, les gros dossiers, une fois la méthode éprouvée et la confiance établie.

Et une règle de gouvernance qui vaut d'être écrite : aucun élément ne rejoint le dossier sans être passé par une validation humaine nominative. Non pas par précaution symbolique, mais parce que c'est cette validation qui sera invoquée le jour où une affirmation est contestée.

Ce que le cabinet gagne réellement

Pas seulement des heures. Le gain le plus durable est ailleurs : quand la production documentaire cesse d'absorber l'essentiel du temps, les consultants passent davantage de temps sur la qualification, la relation client et la défense. Soit sur ce qui fait la réputation d'un cabinet CIR et ce qui retient les profils scientifiques qu'il a du mal à recruter.

L'IA ne rend pas un dossier meilleur. Elle rend possible de consacrer au jugement le temps qui partait dans la mise en forme.

Questions fréquentes

Peut-on utiliser ChatGPT pour rédiger un dossier CIR ?
Pour explorer ou reformuler, éventuellement. Pour produire le dossier, non : un agent conversationnel généraliste génère un texte plausible sans traçabilité et invente des références bibliographiques, deux défauts rédhibitoires en cas de contrôle. S'y ajoute la question de la confidentialité des données clients.
L'administration accepte-t-elle un dossier CIR produit avec de l'IA ?
Aucun texte n'interdit l'usage d'un outil pour produire un dossier. Ce qui est examiné, c'est la réalité des travaux et la solidité de la démonstration, quel que soit l'outil ayant servi à l'écrire. Un dossier non traçable ou comportant des références inexactes reste fragilisé, indépendamment de son mode de production.
Quelles tâches d'un dossier CIR ne faut-il jamais automatiser ?
L'entretien technique, la qualification d'éligibilité au regard des critères de Frascati, la décision de retirer une opération du dossier et la position tenue devant l'administration. Ces quatre activités engagent un jugement professionnel et une responsabilité qui ne se délèguent pas à un outil.
Comment vérifier qu'un outil CIR est sûr pour les données clients ?
Trois questions suffisent à trier : les données servent-elles à entraîner des modèles, y compris publics ? Où sont-elles hébergées ? Sont-elles cloisonnées par client et supprimables sur demande ? Une réponse évasive à l'une des trois disqualifie le fournisseur.

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